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Rapport d’enquête

La crise de la santé mentale s’aggrave

Les troubles de la santé mentale inquiètent les employeurs

Health and Benefits|Wellbeing
N/A

Mars 2, 2020

2020 Global Medical Trends Survey: Willis Towers Watson a examiné les tendances en soins de santé. Découvrez les résultats du sondage ici.

D’après l’enquête 2020 Global Medical Trends Survey, le diabète a reçu moins d’attention de la part des prestataires de soins de santé que le laisserait supposer sa capacité à provoquer une augmentation significative des coûts. Il est qualifié de « maladie latente », car les taux augmentent lentement, mais régulièrement.

Ce rapport souhaite tirer la sonnette d’alarme sur l’aggravation des troubles de la santé mentale et du financement de leur traitement.

L’ampleur de cette crise est telle qu’elle a fait l’objet d’une attention particulière de la part de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), ce qui a débouché sur un plan d’action pour la santé mentale 2013-2020 destiné aux États participants. Ce plan prône une plus large diffusion de quatre objectifs. Ces mesures vont du renforcement du leadership conformément à la compréhension des droits de l’homme à l’augmentation des dispositions relatives aux troubles mentaux, en passant par des programmes de prévention liés à la réduction du taux de suicide et l’amélioration du suivi et du reporting.

Un élément complique les choses : contrairement au diabète, de nombreuses maladies mentales sont difficiles à définir, en dépit de leur potentiel à causer des dommages importants. Un trouble de la santé mentale non traité peut, premièrement, mettre en danger la vie de la personne qui en souffre, deuxièmement, causer un préjudice important à la société, car la dépendance peut être liée à une comorbidité, et troisièmement, dans le cas de troubles tels que le stress, entraîner des problèmes de santé permanents, qui peuvent coûter cher.

Par souci de clarté, quand nous utilisons le terme « santé mentale », nous ne nous limitons pas aux troubles de la santé mentale définissables, nous ne le restreignons pas à la « santé comportementale ». Willis Towers Watson assimile plutôt une bonne santé mentale à un état de performance optimal de la fonction mentale, ce qui se manifeste par des activités productives, des relations épanouissantes avec les autres et une capacité à s’adapter au changement et à relever des défis. À ne pas confondre avec le bien-être émotionnel qui se rapporte précisément aux compétences sociales/émotionnelles, telles que les capacités d’empathie ou la maîtrise des émotions.

Quelques statistiques

L’enquête fournit à la fois une base statistique plus large quant aux préoccupations relatives à la santé mentale et une série de chiffres plus spécifiques susceptibles d’intéresser directement les employeurs.

  • Les troubles de la santé mentale sont courants dans l’ensemble de la population active du monde entier. En effet, environ trois employés sur dix souffrent de stress, d’anxiété ou de grave dépression1.
  • Plus de 300 millions de personnes de tous âges souffrent de dépression dans le monde.

L’aggravation de la crise de la santé mentale

  • Une personne sur quatre est touchée par un trouble mental à un moment de sa vie ; près des deux tiers ne demandent jamais l’aide d’un professionnel de la santé.
  • Les troubles dépressifs et d’anxiété ont augmenté de 15 à 20 % au cours de la dernière décennie.
  • 800 000 personnes se suicident chaque année, soit l’équivalent d’une personne toutes les 40 secondes.

À noter que la santé mentale a des répercussions négatives sur les employeurs. Même s’il n’y a pas de raison altruiste qui pousse les employeurs à tenter de réduire les problèmes de santé mentale de leur personnel, les impacts sur la productivité et l’absentéisme en font une source de préoccupation immédiate.

  • La sécurité financière et la sécurité de l’emploi sont les principales sources de stress dans le monde. Les soucis financiers, le stress et les problèmes de santé sont étroitement liés2.
  • Les travailleurs en moins bonne santé affichent plus du double d’absences et un présentéisme plus de 25 % plus élevé que leurs collègues. Ils sont, en outre, deux fois plus susceptibles de se détacher de leur travail et presque trois fois plus sujets au stress que les travailleurs en très bonne santé.
  • Dans beaucoup de pays développés, dans 35 à 45 % des cas, l’absentéisme au travail est dû à des troubles de la santé mentale3.

Les pertes économiques mondiales liées aux troubles de la santé mentale entre 2011 et 2030 sont estimées à 16 300 milliards de dollars, soit un niveau comparable à celui des maladies cardiovasculaires et supérieur à celui du cancer, des maladies respiratoires chroniques et du diabète.

Couverture des maladies mentales

La couverture de la santé mentale est plus largement présente en Amérique latine que dans toute autre région, que les polices de groupe soient destinées aux entreprises de moins de 50 travailleurs, jusqu’à 500 travailleurs ou de plus de 500 travailleurs. Plus de 84 % des prestataires de cette région offrent une couverture liée à la santé mentale, au stress et à la toxicomanie. Quand on va voir plus loin que les moyennes, on constate qu’au Brésil, les traitements pour la santé mentale font partie intégrante de la couverture obligatoire, qui prévoit des consultations psychiatriques en nombre illimité, l’hospitalisation, la présence et le suivi à l’hôpital, la consultation d’un psychologue et d’un ergothérapeute ainsi que des séances de psychothérapie. Au Mexique, en revanche, ni les traitements liés à la santé mentale ni ceux de la toxicomanie ne sont couverts par l’une des principales assurances privées. Sont visés ici tous les traitements psychiatriques et psychologiques. Quelques séances, tout au plus, peuvent être couvertes à la suite de situations traumatisantes telles que des catastrophes naturelles ou pour les victimes d’actes criminels violents.

C’est au Moyen-Orient et en Afrique que la couverture est la moins bonne : 60 % des personnes interrogées dans cette région couvrent la santé mentale dans leurs vastes polices de groupe. Un chiffre qui tombe à 41 % quand la police couvre moins de 500 personnes et à 30 % quand 50 personnes maximum sont couvertes.

Constat inquiétant : jusqu’à 45 % des prestataires du Moyen-Orient et d’Afrique ne prévoient pas d’offrir cette couverture dans les trois prochaines années, bien que le taux d’exclusion soit déjà élevé.

Ce chiffre tombe à 24 % des prestataires qui proposent des polices très vastes. Les pays d’Asie-Pacifique sont comparables à ceux du Moyen-Orient et d’Afrique : les assureurs sont environ 50 % à couvrir les maladies mentales et rien n’indique que la situation changera radicalement dans les trois années qui viennent.

Des indices anecdotiques suggèrent que l’Europe et l’Amérique latine sont deux marchés où l’on peut avoir une compréhension plus poussée des troubles de la santé mentale et de leurs effets plus généraux. L’enquête comportait également des questions sur des exclusions spécifiques. Elle a révélé des taux élevés au Moyen-Orient et en Afrique ainsi qu’en Asie-Pacifique.

L’augmentation des coûts

Malgré l’amélioration de l’offre en Amérique et en Europe, les deux régions s’attendent à ce que la santé mentale soit responsable de la majeure partie de l’augmentation des dépenses médicales au cours des cinq prochaines années. 61 % des personnes interrogées en Amérique latine et 60 % des sondés en Europe prévoient une augmentation modérée. Sans surprise, seuls 24 % des pays du Moyen-Orient et d’Afrique prévoient une augmentation modérée.

Les troubles du comportement et de la santé mentale constituent désormais le troisième poste de dépenses le plus coûteux après la pharmacie et les soins hospitaliers. Dans la mesure où les coûts des produits pharmaceutiques ont déjà été identifiés dans les précédentes versions du rapport comme une source importante de préoccupation et que les soins hospitaliers coûtent évidemment très cher, ce taux d’augmentation est réellement préoccupant. Est-il le signe d’une plus grande prise de conscience, d’un reporting plus précis ou d’un autre facteur inconnu ? Seul le temps nous le dira.

Pour l’instant, la couverture de la santé mentale ne représente pas un volume particulièrement élevé des demandes traitées. Ce constat reflète le nombre de limitations et d’exclusions souvent associées à ces troubles. La plupart des régions indiquent que moins de 5 % des demandes traitées sont liées à des problèmes de santé mentale, le Moyen-Orient et l’Afrique affichant le taux le plus bas. Ils sont talonnés par l’Asie-Pacifique. Les prévisions relatives au taux d’augmentation se réalisent déjà : au niveau mondial, 21 % des personnes interrogées déclarent qu’entre 5 et 10 % des demandes traitées sont liées à la couverture de la santé mentale, et ce chiffre va certainement augmenter.

La faible utilisation actuelle ne signifie pas que les travailleurs n’ont pas de problèmes de santé mentale ; elle reflète simplement le fait que les services requis ne sont pas couverts.

Fourniture d’un traitement

La question de savoir à quoi servira l’augmentation des dépenses permet de bien comprendre où et comment les prestataires chercheront à gérer les problèmes de santé mentale. Au-delà du simple remboursement des frais de santé mentale, les assureurs sont susceptibles de recourir à un programme d’aide aux travailleurs fourni par un partenaire externe ; le taux mondial est de 47 %. Les programmes internes sont moins populaires (19 %).

De même, les programmes de santé mentale et/ou liés à la toxicomanie sont légèrement plus susceptibles de provenir d’un partenaire ou d’un fournisseur externe que d’être intégrés dans un plan médical ou proposés à titre d’avantage facultatif. Le taux mondial est de 46 % pour la fourniture par des prestataires externes et de 35 % pour l’équivalent intégré. En revanche, les prestations fournies en interne affichent un taux mondial de 15 % seulement.

Lorsque des programmes de résilience émotionnelle et de gestion du stress sont proposés, il est encore une fois plus probable qu’ils soient fournis par une source externe et non par un assureur. L’utilisation croissante des services de santé virtuels et télécomportementaux présente plus d’intérêt pour les développements futurs.

23 % des personnes interrogées proposent ces services en interne, ce qui représente le total le plus élevé au monde pour une prestation en interne, à l’exception des conseils en entreprise. 35 % font appel à un prestataire externe. Que conclure de ces chiffres ? En l’absence de compétences suffisantes en matière de traitement des maladies mentales, on observe une disposition à recourir à des compétences externes pour élargir l’offre.

Recommandations aux employeurs

Le poids de la santé mentale dans le monde est stupéfiant. Les troubles de la santé mentale et le stress augmentent en gravité et en nombre dans le monde entier. Les employeurs assument inévitablement une grande partie de cette charge. En plus de son plan d’action, l’OMS a pris des mesures concrètes pour réduire la détresse mentale en commençant par élaborer une série de directives visant à traiter la santé mentale en entreprise.

Ces lignes directrices porteront sur le soutien psychologique mis en place pour gérer et surmonter les problèmes de santé mentale au travail, mais aussi sur les systèmes organisationnels et managériaux propices au bien-être émotionnel des travailleurs.

Conformément à cette approche, les organisations d’employeurs mettent de plus en plus l’accent, au-delà des programmes, sur des facteurs organisationnels plus larges qui jouent un rôle essentiel dans l’amélioration de la santé mentale et du bien-être émotionnel.

Une série de facteurs interviennent dans ce domaine, que les employeurs sont susceptibles de vouloir inclure dans leur planification :

  • il existe, à l’échelle mondiale, une stigmatisation et d’importantes lacunes qui empêchent les individus de discuter de la santé mentale au travail ou d’accéder aux ressources et aux soins ;
  • la maturité du marché varie considérablement selon les régions et les pays, tout comme les préférences des travailleurs quant à la participation de l’employeur. Cela nécessite une approche de communication et d’engagement sur mesure et adaptée aux particularités culturelles ;
  • les employeurs devraient être conscients des facteurs de stress, tels que l’insécurité financière, et veiller à aligner l’offre sur les préférences du travailleur ;
  • le marché mondial des solutions pour lutter contre le stress et la résilience se développe, mais il est moins bien implanté hors des États-Unis et du Royaume-Uni ;
  • tous les employeurs devraient également se concentrer sur des facteurs organisationnels plus vastes tels que la création d’une culture inclusive, la réduction des préjugés, une réflexion sur l’environnement de travail, ainsi que les mesures politiques qui ont un impact sur la santé mentale.

Notes

1,2 Willis Towers Watson, 2017/2018 Global Benefits Attitudes Survey

3 Organisation mondiale de la Santé, 2005, Mental health policies and programmes in the workplace (politiques et programmes de santé mentale sur le lieu de travail). https://www.who.int/mental_health/policy/workplace_policy_programmes.pdf

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