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Investissements des institutions de prévoyance suisses: Les règles du jeu ont-elles changé ?

360°Prévoyance I News

Investments
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De Michael Valentine et Jérôme Franconville | Mai 11, 2021

Comment adapter le portefeuille des fonds de pension suisses pour réussir en 2021 ?
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    Une période riche en challenges

    Après une année 2020 incroyablement turbulente, les investisseurs institutionnels à long terme se demandent ce que les changements que nous avons tous observés dans notre façon de travailler et dans notre vie sociale signifient pour leurs investissements.

    Dans le cadre de notre webinaire 360° Benefits Academy - investissement organisé en début d'année, nous avons abordé la question pressante suivante à laquelle sont confrontés nos clients (notamment les institutions de prévoyance suisses) : comment adapter le portefeuille des institutions de prévoyance suisses pour réussir en 2021 ?

    La réponse rapide à la question des règles du jeu est que les mêmes règles de base s'appliquent encore aujourd'hui, à savoir le maintien d'une orientation axée sur le développement du passif et l’atteinte de rendements d'investissement adéquats et solides à long terme. Toutefois, avec le changement de rythme et la complexité des développements du marché, notamment avec les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) qui ont prouvé qu'ils sont pertinents également pour les résultats financiers, il est nécessaire de repenser et de revoir la façon dont ces rendements sont réalisés.

    Que la Covid-19 en soit directement responsable ou non, l'évolution des marchés durant les derniers mois a accentué les zones à problèmes au sein des classes d'actifs et des approches d'investissement traditionnelles existantes, par exemple avec les indices pondérés par la capitalisation boursière. Les portefeuilles typiques des institutions de prévoyance suisses, avec 38% de liquidités et d'obligations, 30% d'actions et 32% d'immobilier et d'investissements alternatifs*, reflètent les conditions historiques favorables de ces dernières décennies (changements démographiques, progrès technologiques, émergence d'un nouvel acteur en tant que puissance mondiale). Il en résulte de fortes concentrations de risques et de faibles attentes de rendement mal alignées avec les besoins futurs.

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    Quels changements peuvent être apportés au sein des portefeuilles ?

    Nous présentons ci-dessous une vue simplifiée des actifs "orientés vers les revenus" et "orientés vers les rendements élevés" du portefeuille, que nous représentons respectivement par des obligations et des actions :

    Les investissements obligataires traditionnels, qui représentent près de 40 % de l'actif total, ne devraient produire que peu ou pas de rendement, sont exposés au risque de taux d’intérêt (en cas d’inflation ou de croissance économique élevée) et comportent également un risque de crédit important (niveaux d’endettement record). Nous recommandons d'envisager d'incorporer les éléments suivants :

    • Les actifs à revenus sécurisés (Secure Income Assets) : il s'agit de placements bien souvent liés à des actifs réels, qui fournissent des flux de revenus réels à long terme, garantis par contrat, comprenant par exemple des dettes immobilières, des infrastructures, des hypothèques, des biens immobiliers ;
    • Le crédit alternatif : en regardant au-delà des marchés de crédits traditionnels et cotés, il y a une augmentation des actifs disponibles et donc du potentiel de rendement et de diversification, par exemple, les prêts directs, la dette titrisée non garantie par des agences, les obligations d'entreprises émergentes, la finance spécialisée ;
    • Les obligations vertes (green bonds): obligations spécifiquement conçues pour financer des projets ayant des effets positifs sur l'environnement ; et
    • La diversification : en étant bien diversifié en termes d'émetteurs, de secteurs et d’exposition géographique.

    Les investissements traditionnels en actions, qui représentent environ 30 % de l'ensemble des actifs des institutions de prévoyance, sont volatils et fortement concentrés sur quelques entreprises et secteurs technologiques à très forte capitalisation. Ces problèmes peuvent être atténués par une combinaison des éléments suivants :

    • Les indices "plafonnés", dans lesquels l'exposition maximale à une seule action est limitée à, disons, 5 % (également applicable potentiellement aux expositions aux obligations) ;
    • Les "Better Equities", qui combinent des portefeuilles concentrés, chacun ne comprenant que 10 à 15 des actions les plus convaincantes, avec des styles distincts pour former un portefeuille combiné diversifié avec un potentiel d'alpha important ; et
    • Les marchés privés qui bénéficient des primes de risque liées à l'illiquidité et à la complexité.
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    Que changer au niveau de l’approche globale de la gestion du portefeuille ?

    Au niveau du portefeuille global, une granularité excessive dans les définitions des classes d'actifs utilisées pour les allocations stratégiques empêche toute approche dynamique, les investisseurs se retrouvant limités dans leurs décisions d’investissement, forcés de conserver des segments de marchés survalorisés ou trop risqués. L'assouplissement de la définition des classes d'actifs individuelles est donc judicieux, voire primordial, comme par exemple le crédit alternatif en lieu et place de plusieurs catégories séparées et distinctes comme les prêts garantis (Secured loans), les obligations à haut rendement (High Yield) et la dette émergente. Cela résulte en un nombre réduit de blocs de construction du portefeuille, ainsi qu’un budget de gouvernance du portefeuille plus adapté aux ressources en place.

    Enfin, et c'est sans doute le plus important, il est essentiel qu'un ensemble clair de convictions en matière d'investissements responsables soit appliqué à toutes les décisions d'investissement. Il peut s'agir de ne rien changer ou de mettre en place un plan de décarbonisation complet pour l'ensemble du portefeuille. Toutefois, au moment où les investissements ESG et d'impact connaissent un fort essor dans les portefeuilles institutionnels, il n'est tout simplement plus possible d’ignorer le risque climatique et les autres facteurs ESG. Il s'agit d'évolutions historiques tout à fait justifiées, encore renforcées par un soutien politique croissant notamment en matière de lutte contre le réchauffement de la planète.

    S’il est vrai que le train ESG avance encore lentement, il prend de la vitesse et se veut inarrêtable. Mieux vaut monter dedans avant qu'il ne devienne un facteur de différenciation majeur en termes de risque et de rendement, plutôt que de rester sur le quai.

Footnote

*Source : Base de données Willis Towers Watson basée sur les comptes de fin d'année 2019 de 116 institutions de prévoyance suisses

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Head Investment Services (Schweiz)

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